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Courrier européen
La Russie face à l’Europe des 25
22/04/2004 • 00h00
A moins de deux semaines de l’élargissement de l’Union européenne à l’Est, Moscou et Bruxelles tentent de s’accorder sur les points litigieux.

Dans la dernière ligne droite avant l’élargissement de l’Union européenne à dix nouveaux pays - cinq pays d’Europe de l’Est, trois Etats baltes et les îles de Chypre et de Malte - le 1er mai 2004, "les diplomates russes et européens planchent sur les problèmes existants, littéralement la sueur au front", note Vremia Novostieï. Et pour cause. Les divergences entre l’espace communautaire élargi et la Fédération de Russie n’ont pas encore toutes été résolues, notamment pour ce qui concerne la discrimination touchant la population russophone en Lettonie et en Estonie ou encore pour le transit marchand ou militaire entre la région enclavée de Kaliningrad et le reste de la Fédération de Russie à travers le territoire lituanien.

Autant de thèmes de discussion lors du voyage à Dublin, à la mi-avril, du ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov pour rencontrer quelques-uns de ses homologues européens, dont l’Irlandais Brown Cowen. Selon Vremia Novostieï, lors de cette rencontre, "il a été décidé que des consultations étroites russo-européennes se poursuivront à un régime non stop" avec l’envoi d’une forte délégation interministérielle russe à Bruxelles.

"Les dix nouveaux entrants dans l’UE sont des partenaires commerciaux traditionnels de la Russie", assure Vremia Novostieï. "Auparavant, le commerce entre la Russie et les pays de l’ancien camp socialiste était régi par des accords bilatéraux. A présent, les novices seront soumis aux règles sévères et complexes de l’UE. Les deux parties ont intérêt à ce que le 1er mai se passe sans changements radicaux. De plus, la Russie, en tant que partenaire traditionnel, compte obtenir certains privilèges".

Les Izvestia ne partagent pas les incertitudes évoquées par leur confrère. Au contraire, pour ce journal moscovite, "rien ne changera dans les relations commerciales entre les nouveaux membres de l’UE et la Russie, car ces relations se sont effondrées au cours de la dernière décennie". En s’appuyant sur divers sondages d’opinions dans la future Europe à 25, les Izvestia cultivent l’europessimisme, qui selon eux est particulièrement manifeste à l’Est et notamment en Pologne, mais annoncent aussi le "déclin de l’Europe de l’Ouest".

Avec pour objectif de s’accorder sur les divergences qui subsistent, l’agenda diplomatique russo-européen demeure particulièrement chargé. Selon Vremia Novostieï, Sergueï Lavrov "espère une signature solennelle de deux documents le 27 avril au Luxembourg à l’occasion de la session permanente du Conseil de partenariat UE-Russie". Il s’agit d’une part du protocole d’accord de partenariat et de coopération entre la Russie et l’UE de 1994, qui devrait s’appliquer aux dix nouveaux entrants. Le second document est une déclaration commune à la Russie et à l’Union européenne, où seront cités de façon explicite tous les points non résolus. La Russie a insisté pour que ces deux textes soient signés en même temps.

Néanmoins, des avancées ont été obtenues sur les litiges de la partie russe. Dans une interview accordée aux Novyé Izvestia, le vice-ministre des Affaires étrangères russe Vladimir Tchijov "considère comme positif le fait que la Commission européenne a pris en compte dès le mois de février dernier les préoccupations de la Russie liées à l’élargissement et transmises par le chef de la diplomatie russe. Sur la majorité des 14 points répertoriés, des solutions acceptables ont été trouvées, comme celles concernant les quotas sur les importations d’acier et autres produits d’entreprises russes."

Reste que Moscou dispose d’un élément de pression sur l’Union européenne, avec la question de la ratification du protocole de Kyoto, "devenu l’un des points de négociation essentiels avec l’UE", rappellent les Izvestia. Cet accord, très fortement soutenu par les Européens, vise à lutter contre les émissions de gaz CO2 et les changements climatiques. Il ne peut pour l’instant entrer en vigueur sans que la Russie le ratifie...

Philippe Randrianarimanana © Courrier international

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