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Courrier européen Immigration : un "tournant historique" en Allemagne
24/06/2004 • 00h00
Après de longues négociations, tous les partis démocratiques se sont mis d’accord sur une loi pour encadrer l’immigration. Un laborieux compromis, qui a pourtant le grand mérite d’aborder le problème avec pragmatisme. Pendant un millénaire, et jusqu’au milieu du XXe siècle, l’Allemagne a été un foyer d’émigration. En Europe de l’Est, en Amérique du Nord et du Sud, en Australie vivent des descendants de colons allemands. La tendance s’est inversée dans les années 1960, lorsque la République fédérale a commencé à faire appel à des "travailleurs invités" (Gastarbeiter). Mais dans les mentalités et dans la législation l’Allemagne n’était pas pour autant devenue une terre d’immigration. Le 1er janvier 2005, cette inadéquation entre la réalité allemande d’aujourd’hui (1 habitant sur 10 environ est d’origine étrangère) et les textes de loi aura cessé d’exister. Après de longues négociations qui ont impliqué toutes les grandes familles politiques (sociaux-démocrates, Verts, chrétiens-démocrates et libéraux), le ministre de l’Intérieur Otto Schily a pu parler d’un "tournant historique" pour son pays en annonçant, jeudi 17 juin, les grandes lignes de sa future loi sur l’immigration. "C’est un grand jour pour Schily", titre Der Spiegel. "Pour la première fois dans l’histoire de la République fédérale, l’immigration est encadrée - même si la loi sera finalement plus restrictive que ne l’avaient souhaité les partis de la majorité, et notamment les Verts." Ces derniers peuvent tout de même se targuer d’avoir introduit "des aspects humanitaires" dans la loi : la Frankfurter Allgemeine Zeitung énumère, entre autres, le droit de séjour pour les réfugiés originaires de zones en guerre civile, l’assouplissement du dispositif d’expulsion et une meilleure prise en compte des droits spécifiques des femmes. De son côté, la droite a obtenu satisfaction dans le domaine sécuritaire : "Les islamistes qui prêchent la haine peuvent être expulsés, tout comme les passeurs condamnés", rapporte Der Spiegel. Enfin, "dans les procédures de naturalisation et avant l’accord d’un droit de séjour illimité, les services de renseignements doivent être consultés". Le patronat allemand - et le chancelier Schröder, qui, sur ce point, a toujours partagé le point de vue des entreprises - sont soulagés, car l’Allemagne pourra enfin faire appel à des "cerveaux" immigrés, une mesure souhaitée par les industriels, qui s’inquiètent de l’évolution démographique et de la faible natalité des Allemands. Ainsi "des étudiants étrangers qui ont terminé leurs études en Allemagne auront désormais la possibilité de chercher du travail sur place", note la FAZ. Le quotidien économique Handelsblatt estime que "la loi vient bien tard, mais, au vu du compromis obtenu, les débats valaient la peine. Les entreprises auront désormais la possibilité d’attirer des gens compétents en Allemagne, les procédures bureaucratiques sont simplifiées et les demandeurs d’asile auront davantage de droits." Mais surtout, poursuit l’éditorialiste du Handelsblatt, "les villes et les quartiers qui posent problème ne seront plus abandonnés à leur sort. L’Etat dépensera beaucoup pour favoriser l’intégration, et, quant aux immigrés, ils devront s’engager" en suivant des cours de langue et d’éducation civique. "Pour certains, la loi ne va pas assez loin, pour d’autres, c’est déjà trop", résume la Frankfurter Rundschau. "Mais le plus important, c’est qu’elle a été créée par tous les partis démocratiques allemands (sauf les ex-communistes du PDS) ; elle constitue le meilleur compromis possible." Et, comme les choses sont désormais réglées, la xénophobie ne fera plus recette lors des campagnes électorales, conclut ce quotidien de gauche. Marco Schütz © Courrier international
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