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30/09/2004 • 01h48
L’Europe ne s’est pas construite en un jour, et un peu d’histoire, ça ne fait pas de mal. Un historien de l’Europe nous brosse en une dizaine de représentations ses fondements, pour mieux comprendre les influences, les peuples et les grands événements qui l’ont peu à peu forgée.

Jean Étèvenaux, docteur en histoire et diplômé de l’Institut d’études politiques, préside la Société des écrivains et du livre lyonnais et rhônalpins. Chargé de cours sur l’Europe dans diverses universités lyonnaises, il a également enseigné à Paris et en Roumanie. Il participe à un projet de création en région Rhône-Alpes d’un parc thématique, culturel et de loisirs, lié à l’Europe.

La déesse Europe vient d’Asie

L’Europe n’est que la plus petite partie du continent eurasiatique, dont elle est en quelque sorte le cul-de-sac - ou, pour employer un terme géographique que l’on rencontre aussi bien en Bretagne qu’en Galice, le Finisterre. Cette continuité entre l’Asie et l’Europe permet de comprendre pourquoi tant de vagues migratoires parties d’Asie centrale sont arrivées jusqu’ici.

La mythologie grecque autour de laquelle s’est formé le monde méditerranéen a créé le personnage d’Europe, fille d’un roi phénicien - actuel Liban - emmenée en Crète. Ce sens est-ouest est également celui de la civilisation, puisque celle-ci est venue du Moyen-Orient et de la côte égyptienne ; il sera également celui de la religion chrétienne, propagée depuis la Palestine.

Quant au peuplement du continent, il est indo-européen - terme qui fait également référence à une autre partie de l’Asie. Établis récemment et vite diversifiés, les Indo-Européens constituent le fond de tous les peuples du continent, à l’exception des Basques, déjà là, et des Finno-Ougriens et des Turcs arrivés plus tard eux aussi d’Asie.

Lire aussi aussi notre article : Le saviez-vous ? "La déesse Europe est libanaise.".

Nos ancêtres les Celtes et les Romains

Deux grands groupes de population font l’Europe de l’Antiquité : les Celtes et les Romains - bien que les premiers reculent finalement devant les seconds après avoir été les menacer jusqu’à Rome. Mais, aujourd’hui encore, de l’Écosse à la Galice on parle des dialectes celtiques et, durant plusieurs siècles, l’Église catholique celte se différenciera de celle de Rome.

La puissance romaine réussit à subjuguer tous les peuples qui bordent la Méditerranée. Cette mer devient une sorte de lac intérieur de l’empire [« mare nostrum »]. L’ordre romain est, dans un premier temps, infusé par la philosophie grecque, puis, dans un second, par le christianisme : l’Empire romain d’Occident et l’Empire romain d’Orient deviennent tous les deux chrétiens.

Dans la partie méridionale de la Gaule romanisée, deux villes, Lyon et Vienne, font vite figure de miroirs de Rome. Elles attestent la réussite du mélange gallo-romain, l’importance du développement urbain et l’apparition de nouveaux centres de décision.

Le temps des migrations européennes et asiatiques

Pendant près de mille ans, l’Europe est confrontée aux « invasions barbares ». Il s’agit, en fait, de migrations touchant en même temps une partie de l’Asie et de l’Afrique. Toutes ces populations vont se sédentariser une fois devenues chrétiennes - dans le cas contraire, elles repartent ou disparaissent.

Arrivés sans doute de Scandinavie, les Germains vont descendre jusque dans le sud de l’Espagne - Wisigoths - et jusqu’en Afrique du Nord - Vandales. Un peu plus tard, la vague viking recouvre l’Europe : à l’ouest, on les appelle Normands - de l’Angleterre à la Sicile - et à l’est ce sont les Varègues - qui vont se mélanger aux Slaves pour former la Russie.

Enfin, les Huns (IVe-Ve siècles), les Maures (VIIIe siècle), les Hongrois (IXe-Xe siècles) et les Mongols (XIIIe siècle) représentent, en différents endroits de l’Europe et à diverses époques, des dominations longues ou éphémères. Les souverains européens essayeront parfois de les combattre chez eux - croisades au Proche-Orient aux XIe-XIIIe siècles - ou même de les gagner à leur cause - ambassades auprès des Mongols et mythe du prêtre Jean.

Les chrétientés médiévales

Le Moyen Âge constitue une période s’étalant sur un millénaire, de la déposition du dernier empereur romain d’Occident en 476 jusqu’à la chute de Constantinople, capitale de l’Empire romain d’Orient, en 1453. Il est dominé par le souvenir de Rome, à laquelle tous se réfèrent dans le cadre chrétien.

À l’ouest, la reconstitution de l’empire au profit de Charlemagne va amener certains de ses successeurs à entrer en conflit avec le pape, puissance à la fois spirituelle et temporelle. À l’est, Byzance va connaître une splendeur et une expansion, suivies d’une décadence et d’un recul, qui favorisera l’émancipation des peuples slaves - Bulgares, Serbes et surtout Russes - et l’irruption des Turcs.

Le développement artistique et intellectuel est étroitement lié au christianisme, officiellement divisé depuis 1054. À l’ouest, l’Europe romane et gothique affirme les liens personnels avec Dieu et, à l’est, les monastères orthodoxes chantent la gloire de Dieu dans la tradition byzantine.

La Renaissance

À la Renaissance, le vieux monde semble voler en éclats. La traversée de l’Atlantique, le contournement de l’Afrique et la découverte du Pacifique ouvrent de nouveaux horizons géographiques et culturels, dont l’Europe va s’assurer la propriété. Des circuits commerciaux amènent des espèces monétaires et des produits nouveaux.

Forte de ses nouvelles richesses, l’Espagne de Charles-Quint reprend le rêve impérial et le roi-empereur lutte contre Soliman le Magnifique pour la défense de la chrétienté et la domination de la Méditerranée - cependant que le roi de France tire son épingle du jeu. La puissance ottomane est redoutable, non seulement sur mer, mais dans toute l’Europe centrale et orientale - pour ne rien dire de l’Afrique et de l’Asie.

Les idées sont régénérées par la redécouverte des œuvres de l’Antiquité. Après le pessimisme des danses macabres, l’humanisme catholique a une vision plus optimiste de l’homme, notamment avec Érasme, Thomas More et Rabelais. En revanche, sa version protestante, tant luthérienne que calviniste, insiste sur le rôle du Mal chez l’homme.

(à suivre dans le prochain numéro)

Jean Étèvenaux - Cercle Europe Culture Citoyenneté © 2004

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