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Comprendre De l’Europe baroque à la construction européenne...
14/10/2004 • 10h55
L’Europe ne s’est pas construite en un jour, et un peu d’histoire, ça ne fait pas de mal. Un historien de l’Europe nous brosse en une dizaine de représentations ses fondements, pour mieux comprendre les influences, les peuples et les grands événements qui l’ont peu à peu forgée. Jean Étèvenaux, docteur en histoire et diplômé de l’Institut d’études politiques, préside la Société des écrivains et du livre lyonnais et rhônalpins. Chargé de cours sur l’Europe dans diverses universités lyonnaises, il a également enseigné à Paris et en Roumanie. Il participe à un projet de création en région Rhône-Alpes d’un parc thématique, culturel et de loisirs, lié à l’Europe. Il est membre du CECC, Cercle Europe culture citoyenneté. Suite du précédent article : "Nos ancêtres les... Celtes.". L’Europe baroque Les remises en ordre religieuse - Réforme et Contre-Réforme - et politique - absolutisme et despotisme éclairé - permettent un nouvel épanouissement artistique, qui s’exprime sur tout le continent. Une véritable Europe baroque se développe, de Londres à Lviv, de Copenhague à Palerme et de Lisbonne à Saint-Pétersbourg ; ses formes populaires - Bretagne, Savoie, Tyrol - montrent une imprégnation qui adoucit le classicisme officiel, celui de Versailles - copié par toute l’Europe. Si le concept de l’« honnête homme » domine une société où les valeurs bourgeoises supplantent celles de l’aristocratie traditionnelle, la raison devient de plus en plus critique. Le succès et la postérité de Descartes illustrent ce souci de l’Européen de tout passer au crible de ce qui est rationnel. Les croyances religieuses et l’organisation socio-politique sont particulièrement attaquées par les « philosophes » agnostiques ou même athées. De nouvelles conceptions du pouvoir apparaissent à l’époque des Lumières, qui se nourrissent parfois non seulement à une sensibilité pré-romantique mais même à une véritable utopie. La tentation de l’Europe française À la veille de la Révolution française, tout le monde pratique cette langue, considérée comme universelle, aussi bien pour les traités diplomatiques que pour la conversation de salon. Bien que les Français aillent souvent chercher leur inspiration artistique en Italie et leurs idées politiques en Angleterre, ils sont convaincus de pouvoir s’exprimer au nom du genre humain. C’est la raison pour laquelle, sous la Révolution puis sous l’Empire, ils vont faire la guerre sur tout le continent au nom de la liberté - de même, ceux qui ont été éliminés en France étaient accusés d’être des « ennemis de la liberté ». Napoléon les convaincra, pour des générations, qu’ils sont supérieurs au reste de l’Europe. En définitive, l’éveil des nationalismes qui marque tout le XIXe siècle va s’effectuer souvent contre la France - guerres napoléoniennes puis franco-prussienne de 1870 - ce qui n’empêchera pas celle-ci de marquer sa sympathie pour les mouvements libérateurs de Grèce, de Pologne et des Balkans. L’expansion coloniale va donner un dérivé aux poussées nationalistes tout en renforçant dans chaque pays le sentiment de la mission civilisatrice - qui s’exprime aussi à travers les missions catholiques et protestantes que les Européens envoient sur tous les autres continents. Les guerres civiles du XXe siècle Le XXe siècle commence et finit à Sarajevo. On a l’impression que les dizaines de millions de morts des champs de bataille et des camps en tout genre n’ont servi à rien. Aujourd’hui, monuments aux morts, cimetières militaires et charniers parsèment le continent, mais l’Europe est-elle remise de ce qui a été essentiellement une longue suite de guerres civiles ? Il faut aussi observer que, après les regroupements des unités italienne et allemande au XIXe siècle, le suivant a vu la disparition des empires multinationaux en 1918 et la dislocation des constructions nationalo-idéologiques à la chute du communisme. L’Europe a inauguré l’ère des totalitarismes et elle a été bien imitée, que ce soit dans la Chine de Mao, le Cambodge de Pol Pot et chez tous ces tyrans qui s’en sont pris d’abord à leur peuple, d’Idi Amine Dada en Ouganda à Saddam Hussein en Irak. Ce que la Révolution française avait esquissé avec le primat donné à l’idéologie sur la réalité, Hitler et le couple Lénine/Staline l’ont réalisé d’une manière méthodique au nom de la race ou du prolétariat. Du coup, le monde s’est émancipé de l’Europe, mouvement facilité par l’irrésistible ascension des États-Unis et la décolonisation. La Grande Guerre a marqué la faillite de la suprématie de l’homme blanc et les luttes pour les indépendances ont permis aux « indigènes » de jouer des uns contre les autres, en attendant de profiter de la rivalité Ouest-Est. La construction européenne Reprenant de vieux projets non seulement de l’entre-deux-guerres - Aristide Briand - mais aussi des périodes précédentes - Sully ou Victor Hugo -, un certain nombre de responsables politiques se sont montrés convaincus de la nécessité d’organiser une unité européenne, à la fois pour prévenir de nouveaux conflits sur le continent et pour peser dans le concert mondial face aux grandes nations comme les États-Unis, la Russie - alors encore soviétique - et, plus tard, la Chine et l’Inde. Ces « pères de l’Europe », qui agirent de façon isolée ou en concertation, ont été le Britannique Winston Churchill, le Français Robert Schuman, l’Allemand Konrad Adenauer, l’Italien Alcide de Gasperi et le Belge Paul Henri Spaak. Malgré l’échec d’une défense commune, les années 50 assurent la mise en place de la Communauté européenne du charbon et de l’acier, prélude à l’organisation de la Communauté européenne tout court, devenue en 1993 l’Union européenne. Ses quinze membres deviennent 25 en 2004 et rares sont les pays n’ayant pas entamé un rapprochement avec elle - y compris outre-mer avec les accords d’association lui liant les 71 États ACP [Afrique - Caraïbes - Pacifique ]. De cette manière, l’Ue peut s’affirmer à côté des autres Grands. Mais il lui reste à définir une diplomatie et une défense communes, et tout autant une approche économique globale, notamment par rapport aux États-Unis. Sa constitution - un peu timorée quant à son fonds judéo-chrétien - peut lui apporter une armature. Il lui reste à définir ses limites méridionales - le Maroc a fait acte de candidature - et orientales - notamment ses rapports avec la Turquie, mais aussi la Russie. Rhône-Alpes, carrefour européen (ndlr : le CECC est basé à Lyon) La région Rhône-Alpes est superbement située. Elle se trouve dans une géographie de contact, qui marie l’edelweiss et l’huile d’olive et fait se rencontrer les mondes germanique et latin. Proche des Alpes et de la Méditerranée, parcourue par le sillon de la Saône et du Rhône qui la relie à l’Europe du nord, elle travaille institutionnellement avec beaucoup de ses homologues, ayant lancé en 1988 les quatre moteurs pour l’Europe avec la Catalogne, la Lombardie et le Bade-Wurtemberg. On peut dire que, à l’image de sa capitale régionale, Rhône-Alpes a déjà derrière elle trente siècles de confluences. Si, comme beaucoup d’autres coins de l’Europe, elle a connu son lot d’invasions - les Hongrois, les Sarrasins et les Vikings - et a appartenu à de nombreux États, elle a surtout accueilli des populations très variées : colons romains au Ier siècle av. J.-C., chrétiens d’Asie mineure au IIe siècle, marchands allemands et italiens au XVIe, immigrés arméniens, italiens, espagnols, maghrébins et turcs au XXe. Si, aujourd’hui, Rhône-Alpes est située au cœur de la « banane bleue », c’est aussi à cause de son dynamisme économique et de la diversité de ses productions. Région attractive, travailleuse, qui s’est prise en mains et où il fait bon vivre, elle est enracinée dans son passé pour aider à faire mieux l’Europe avec tous ses partenaires. Jean Étèvenaux - Cercle Europe Culture Citoyenneté © 2004
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