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On ne choisit pas ses frères !
Par José-Manuel Lamarque (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
2/12/2004 • 09h51
L’heure est au changement dans le monde, bon ou mauvais, mais on ne peut arrêter le cours de l’histoire. Aujourd’hui, les regards se tournent vers Kiev où le leader de l’opposition Viktor Ioutchenko s’élève à la dignité de chef d’État plébiscité par une majorité d’Ukrainiens qui le préfèrent au soi-disant vainqueur des élections, Viktor Ianoukovitch. L’Ukraine deviendra-t-elle le nœud gordien de l’histoire européenne en cette fin d’année 2004 ? C’est à croire, après la venue de Javier Solana et de l’icône polonaise Lech Walesa. Mais, comment va réagir Moscou ou plutôt Vladimir Poutine ?

José-Manuel Lamarque est journaliste, spécialiste des affaires européennes, auteur de "L’Europe pour les jeunes", avec Emmanuel Moreau, éditions Balland.

Le retour de la « Guerre froide » ?

Si le peuple russe est plutôt ancré vers l’Europe et son plus profond désir est de rejoindre au plus tôt l’Union européenne, Poutine et les oligarques russes ne partagent pas ce sentiment. Sur les bords de la Moscova, une tradition séculaire fait de la Russie un empire où le goût du secret n’a fait qu’enfler au long des siècles. Secret russe qui travestit toujours les réalités auxquelles le peuple doit encore et toujours faire face, pour finalement en souffrir. Que fera Poutine si l’Ukraine, grenier à blé de l’Europe disait-on, verse dans le camp des démocraties, et décide de retrousser les manches afin d’éradiquer la plaie mafieuse qui ternit cette partie du monde au-delà de l’Oder ? Comment réagira l’ex-colonel du KGB qui n’a rien perdu de ses habitudes et qui doit composer avec un entourage qui n’a rien à envier aux ‘séries B’ américaines des années 30 ? Un retour de « la Guerre froide » est-il à craindre ?

L’Ukraine peut donner des idées, surtout aux voisins biélorusses vivant sous la dictature d’Alexandre Loukachenko, dernier survivant du stalinisme appliqué aux ex-pays frères. Comme disait le proverbe du temps de l’Union soviétique, « la différence entre les frères et les amis, c’est que le frères on les choisit pas. » L’Ukraine serait donc prête à choisir ses amis, et c’est vers l’Ouest qu’une large partie semblerait se tourner, contre l’envie des russophones slavophiles de l’Est.

La démocratie à l’état brut

Quelle sera l’attitude de l’Union européenne qui compte dorénavant beaucoup d’ex-pays frères, qui eux aussi doivent pousser afin que l’Ukraine entre dans la société civilisée des démocraties ? Les pays baltes, la Pologne, la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie ne doivent pas être en reste afin que les amis ukrainiens se libèrent enfin des serres de Moscou. Si tel est le cas, Moscou et Minsk seront aussi isolées que l’est Pyongyang, et il est fort à parier que ce sont les peuples qui feront entendre leurs voix. À terme, remonteront à la surface les problèmes auxquels doit faire face l’immense Russie, notamment dans le Caucase, et cela se fera sans Poutine. La crise d’adolescence passée, l’Ukraine et son peuple veulent vivre l’âge adulte d’un pays reconnu et écouté par ceux qui sont l’exemple de la démocratie à l’état brut, à visage humain, les Européens. Plutôt qu’à l’état « brute ». Souhaitons donc que le choix des Ukrainiens soit entendu par la Haute Cour de Kiev et dès ce jour, portons nos regards vers Minsk, car ce pays ne sera plus pour longtemps un clone albanais.

Orange : le forfait liberté

Qui seront donc les alliés de Poutine si ce dernier perd le vaste territoire de l’Ukraine, dont la position stratégique est un atout pour l’Union européenne ? Hormis un vainqueur outre-Atlantique et un vieillard cacochyme aux Caraïbes, personne ! Après le vert de l’espérance, le rouge du peuple et le bleu de la paix, c’est l’orange lumineux qui fait son entrée remarquée dans les symboles de la liberté. L’orange est un mélange de rouge et de jaune, jaune comme le soleil qui se lève et rouge quand il se couche. L’Ukraine sera-t-elle un nouveau soleil pour l’Union européenne ou se couchera-t-elle devant l’ours russe ? À n’en pas douter, l’Ukraine, qui s’étend des frontières de la Pologne à la Mer Noire, est un espace qui a toujours fait rêver les conquérants, sachons l’accueillir avec les honneurs dûs à son rang.

Celui dont la voix qui au-delà de la mer avait prôné la révolte, la désobéissance et la résistance, parlait d’une Europe de l’Atlantique à l’Oural, l’Oural est de plus en plus proche de nous ! Sachons faire parvenir aux Ukrainiens nos messages de soutien et l’assurance que leur élan n’est pas seulement qu’un gros titre pour les journaux occidentaux...

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