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La leçon d’histoire du camarade Poutine
2/03/2005 • 15h28
"Pour la première fois, un président américain en Slovaquie", titre l’ensemble de la presse slovaque à l’occasion du sommet Bush-Poutine, qui s’est terminé fin février à Bratislava. Si la presse se réjouit de l’événement, c’est parce qu’il est synonyme de reconnaissance internationale. Mais les deux présidents ont enchaîné les gaffes.

"La rencontre Bush-Poutine aura au moins un avantage incontestable : dans l’avenir, on ne confondra plus la Slovaquie avec la Slovénie, comme ce fut le cas de USA Today dans son article qui informait sur la visite", commente le quotidien la Pravda.

De son côté, SME rappelle toutes les gaffes à propos de ces deux pays dont même les drapeaux se ressemblent : ainsi la Slovaquie a-t-elle reçu l’an dernier, faute d’adresse correcte, 600 kg de courrier à l’adresse de la Slovénie, qu’elle a dû transporter à ses frais à Ljubljana. Une chose qui, espère le Premier ministre Mikulas Dzurinda, "n’arrivera plus après la visite des présidents".

Il n’empêche que la cérémonie n’a pas été exempte de gaffes. "Pourquoi Bush n’a-t-il pas goûté le pain et le sel qui lui a été proposé à son arrivée selon la coutume", s’interroge par exemple la Pravda, avant de donner la parole à une spécialiste ès protocoles qui estime que "l’homme le puissant du monde n’a pas goûté au sel par mesure de sécurité"...

Les pays Baltes ont de la mémoire

Quant à Vladimir Poutine, ses gaffes étaient d’un autre genre. Dans une interview accordée à la télévision slovaque, le président russe a en effet longuement parlé du rôle qu’ont joué l’Armée rouge et l’Union soviétique dans la victoire sur le nazisme, avant de s’attaquer à ceux qui "veulent réécrire l’Histoire et amoindrir ce rôle", et de justifier la signature du pacte Ribbentrop-Molotov, comme le note le journal polonais Gazeta Wyborcza. "On nous rappelle souvent le soi-disant pacte Ribbentrop-Molotov, dont le résultat était un accord entre l’Union soviétique et l’Allemagne hitlérienne et qui a entraîné l’annexion des Pays baltes. Que voulez-vous que j’en dise ? Il faut regarder tout cela dans la perspective de l’époque... Je voudrais rappeler que le ‘complot munichois’ a été signé en septembre 1938 par les Premiers ministres de la France et de la Grande-Bretagne, d’une part, et, d’autre part, par Mussolini et par Hitler en personne. Or le document germano-soviétique a été signé à un niveau inférieur - celui des ministres des Affaires étrangères - un an plus tard, comme une réponse à l’accord des pays occidentaux que l’on appelle aujourd’hui les ‘comploteurs munichois’. A cause de la signature de cet accord de Munich, la Tchécoslovaquie a été jetée en proie à l’Allemagne hitlérienne, et les alliés occidentaux ont montré à Hitler la direction à suivre pour réaliser ses ambitions à l’est. Pour garantir ses intérêts et la sécurité de ses frontières occidentales, l’Union soviétique a été contrainte de signer ce pacte Ribbentrop-Molotov avec les Allemands...", a expliqué Poutine, pour finir avec une attaque en règle adressée notamment aux Estoniens, aux Lettons et aux Lituaniens, qui avaient formulé des réserves quant à leur participation à la cérémonie de commémoration de la fin de la guerre à Moscou, prévue pour le 9 mai prochain : "Je recommanderai aux historiens de fraîche date et à ceux qui veulent réécrire l’Histoire que, avant même de le faire et d’écrire de nouveaux livres, ils apprennent à lire..."

Des propos qui ne pouvaient évidemment pas passer inaperçus dans les Pays baltes et en Pologne. D’où la réaction d’Alvydas Nikzentaitis, directeur de l’Institut d’Histoire de la Lituanie, éditée simultanément par Gazeta et le journal lituanien Lietuvos Zinios. "Les éclaircissements de Poutine sur ce pacte sont plus que bizarres. On peut les interpréter comme une tentative de banalisation et de justification", note l’historien. "Quand on parle de guerre de prévention, une telle argumentation me rappelle la propagande de Goebbels, qui répétait souvent que l’Allemagne a envahi la Pologne et plus tard l’URSS pour se défendre d’une éventuelle agression soviétique."

Et Nikzentaitis de rappeler le rôle joué par l’URSS pendant les premières années de la guerre, non du côté des Alliés mais du côté de l’Allemagne. "Je ne pense pas tant aux Pays baltes qu’à l’occupation de la Pologne orientale. En faisant ce pas, l’URSS a tout simplement aidé l’Allemagne à en finir avec la Pologne en tant qu’Etat." De même, "si l’accord de Munich était une concession maximale à propos de l’Allemagne, c’est parce qu’on a pensé qu’il retiendrait l’agresseur de lancer la guerre mondiale. Alors que le pacte germano-soviétique parlait ouvertement de l’agression de pays tiers et de la partition de l’Europe du Centre-Est."

"Un regard raisonnable sur les crimes staliniens et sur le pacte Ribbentrop-Molotov est indispensable à la société russe, où on entend encore souvent des opinions positives sur Staline. On pourrait souhaiter au président Poutine de franchir ce pas décisif pour vaincre le passé stalinien", conclut l’auteur.

Miklos Matyassy © Courrier international

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