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Victoire du OUI : et vogue l’Europe...
Par Clémentine Forissier (cliquer sur le nom d'un auteur pour lui écrire)
9/05/2005 • 01h52
La « Constitution européenne », et après ? La Constitution entre en vigueur le 1er novembre 2006. Dès lors, comment l’Union fonctionne-t-elle ? Que se passe-t-il pour le citoyen ?
Avec 25 membres, l’Union européenne doit avoir un système de prise de décision plus efficace pour agir. Le précédent traité, pourtant négocié dans cette optique, ne le permet pas. C’est la Convention européenne, composée de ministres des Etats - membres et candidats -, de députés nationaux et européens et de la société civile, qui a accouché du projet constitutionnel de février 2002 à juillet 2003, sous l’égide de Valéry Giscard d’Estaing. Modifié puis approuvé en juin 2004 par les dirigeants des 25 - 90% en a été conservé -, le traité modifie le fonctionnement des institutions et entend apporter plus de démocratie et de transparence.
« Constitution européenne » ou traité constitutionnel, ce serait trop simple. Son nom officiel : « traité établissant une Constitution pour l’Europe. » En fait, il se substitue en un texte unique à l’ensemble des traités antérieurs (de Rome en 1957 à Nice en 2000, en passant par Maastricht et Amsterdam). Traité de tous les traités, il ne remplace pas les Constitutions nationales. Juridiquement, il a valeur d’un simple accord international, comme les précédents traités. Cela dit, le terme de « Constitution » entend donner un sens symbolique à la construction européenne. Techniquement, il s’agit d’un cadre institutionnel et politique, tout comme la Constitution française de 1958, qui a pu être utilisée par des gouvernements et des chefs d’Etat de gauche comme de droite. Idem à l’échelle européenne, tout dépendra de qui sera au pouvoir au Conseil (nos chefs d’Etat), au Parlement européen (élu par les peuples) et à la Commission (membres proposés par les Etats).
Un préambule, quatre parties, 448 articles : en un clin d’œil, la structure du traité et ce qu’il changera.
Grande nouveauté : un président du Conseil européen est immédiatement choisi par les dirigeants des 25. Aujourd’hui le Conseil est présidé par le premier ministre ou le président d’un Etat membre pour six mois (2005 : Luxembourg puis Royaume-Uni). Ce nouveau président nommé pour deux ans et demi est un élément stable destiné à améliorer l’efficacité de l’Europe et à lui donner un visage. Assurant une continuité des travaux, on n’assistera plus à une différence de philosophie de gestion de l’Union en fonction des personnalités. Mais pour le moment ses compétences précises et ses rapports avec le président de la Commission européenne sont encore flous.
Avec l’actuel traité de Nice, il faut 72% des voix des 25 pour adopter une décision. Chaque pays dispose d’un nombre fixe de voix : France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie (29), Espagne, Pologne (27)... Irlande (7), Malte (3)... Avec le nouveau traité, il faut une double majorité : 55% des Etats membres représentant au moins 65% de la population totale de l’Union européenne. C’est la nouvelle définition de la majorité qualifiée, plus favorable aux grands pays, comme la France et l’Allemagne. Elle ne plaît guère aux Polonais et aux Espagnols.
Une nouvelle étape dans la définition de la citoyenneté européenne est franchie. Cette citoyenneté, qui s’ajoute à la citoyenneté nationale, confère à tous les Européens des droits, comme celui de profiter de la protection diplomatique et consulaire européenne. Autre nouveauté : un ministre des Affaires étrangères de l’UE
Une fois adoptée, la Constitution sera-t-elle modifiable ? Oui, mais à l’unanimité. Des mécanismes de flexibilité ont été prévus pour modifier plus simplement la Constitution, mais ils restent très lourds. C’est déjà comme cela que ça se passe pour les autres traités, et pourtant cela n’a pas empêché de faire évoluer les précédents traités. Et puis on a tendance à penser que l’unanimité fonctionne comme si tout le monde pouvait mettre son veto sur tout, tout le temps. En pratique ce n’est pas la réalité. Le vote à l’unanimité est un jeu d’influence. L’objectif est de parvenir au consensus. L’Europe sera-t-elle plus forte sur l’échiquier mondial ? Sur le plan politique, c’est certain. Le président du Conseil européen sera la voix de l’Europe dans le monde. Le ministre des Affaires étrangères aura une visibilité que Javier Solana, l’actuel Haut Représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune de l’Europe, n’a pas à ce jour. On note d’autres progrès sur la défense commune. Pour les membres de l’OTAN, cela ne change pas grand-chose. Ils lui seront toujours très liés ; d’autant que les nouveaux pays, par peur de la Russie, ne se couperont pas de sitôt des Américains.
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